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« Il nous faut faire les oeuvres de celui qui m’a envoyé » Jean 9

Publié le vendredi 07 mai 2010

Après avoir mis en évidence l’ignorance des disciples par sa réponse au sujet de l’aveugle-né, Jésus les exhorte à oeuvrer avec lui. L’invitation est pour le moins surprenante, tant le manque de discernement des disciples concernant les oeuvres de Dieu était frappant. Le contraste entre une question frisant le ridicule et le miracle opéré par Jésus suffirait à lui seul pour ne plus jamais prétendre faire les oeuvres de Dieu ... Il faut bien dire que la façon d’agir du Fils de Dieu est le plus souvent imprévisible et mystérieuse à première vue. D’ailleurs un minimum d’honnêteté nous oblige à reconnaître que nous n’aurions pas eu beaucoup plus de discernement que les disciples, tout au mieux par orgueil typiquement français, nous aurions peut être évité de nous exposer au ridicule par une question trop naïve…

Forts de leurs principes qui voudraient que toute souffrance ait pour origine un péché, les disciples s’évertuaient à vouloir comprendre pourquoi cet homme était aveugle alors que Jésus s’apprêtait à le guérir. L’angle d’approche est effectivement différent… Plutôt que d’être saisis de compassion, les disciples analysent la situation au travers du prisme de leurs systèmes : pour être frappé d’un tel malheur il faut avoir nécessairement péché soi-même ou ses ancêtres. Remarquons qu’il suffit de parler du péché pour se sentir du bon côté : évoquer la chose n’est pas prendre un gros risque, puisque tous les hommes sont forcément concernés… Ce genre de schéma marque fortement notre conscience. Désireux de trouver des explications à tout, nous pouvons fouiller dans le tréfonds du coeur des hommes pour en arriver à des conclusions parfois plus qu’hasardeuses. En l’occurrence, les disciples n’ont pas compris ce que Dieu voulait faire, occupés qu’ils l’étaient à élucubrer sur la situation de cet homme aveugle. Nous nous inquiétons souvent sur les causes de nos échecs, de notre cécité ou de notre manque de discernement, mais il se peut que tout en cherchant les causes, nous n’entendions pas le Seigneur quand il les dévoile, tout simplement parce nous sommes occupés à les chercher !

Les disciples aussi se sont inquiétés de la manière de faire les oeuvres de Dieu. Jésus leur répondra : « l’œuvre de Dieu c’est que vous croyez ». Une fois de plus, la réponse inattendue renverse les schémas convenus en mettant à mal l’homme motivé par le désir d’agir. Etant sans cesse pris à contre pied, nous pouvons facilement en conclure que nous sommes décidément trop charnels et stupides pour comprendre quoique ce soit de l’oeuvre de Dieu. Il y a tant d’échecs personnels qui pourraient aisément le confirmer ; autant laisser faire les autres… peut-être seront-ils plus inspirés…

Mais Jésus s’adresse aux disciples et leur dit : « il nous faut faire les oeuvres de mon Père ». Comment répondre à cette invitation après une telle déconvenue ?

Jésus était le serviteur de l’Eternel par excellence. C’est son service qui nous entraîne et qui nous enseigne la manière dont le Père désire être servi et honoré. Tout ce que son Père fait, il le fait. Le Fils reconnaissait la grandeur et l’autorité de son Père, il n’agissait pas par lui-même, mais sous sa dépendance et dans une totale soumission. D’un point de vue humain, un fils cherchant à s’émanciper va nécessairement vouloir faire mieux ou autrement que son Père. Vivre dans son ombre serait synonyme d’étouffer, d’être privé de liberté, d’impossibilité de pouvoir devenir un jour un homme digne de ce nom. Face à la toute puissance du Père, un réflexe humain conduirait à dire : « puisque le Père le fait et qu’il agit de manière parfaite, alors pourquoi le ferai-je ? ». Jésus explique pourtant aux disciples qu’il leur faut faire les oeuvres du Père, alors que les oeuvres du Père sont déjà accomplies, nous apprend la Parole. Elles sont accomplies depuis la fondation du monde. Les principes divins sont ici bien différents des raisonnements cartésiens, mais celui qui accepte cette réalité peut connaître le repos au sein même de l’action. Le principe humain se résume ainsi : ce qui est fait n’est pas à faire et ce qui est à faire n’est pas fait. Or selon la Parole, ce qui est fait doit se réaliser, et je n’ai rien à faire pour que la chose soit. Vouloir créer est une révolte contre Dieu car tout est déjà fait en lui. Or il nous faut bien reconnaître qu’il n’y a pas beaucoup de gloire et d’honneur à faire ce qui est déjà fait de manière parfaite !

Une telle réalité ne peut que contrarier notre conception de l’homme mû par la volonté de se réaliser et de se réjouir de son ouvrage. La Parole n’incite pas l’homme à se réjouir de l’oeuvre de ses mains. Dieu se réjouit de tout ce que l’homme accomplit selon Sa volonté, mais lorsqu’Israël s’est livré à l’idolâtrie avec le veau d’or il est écrit : « et ils se réjouirent de l’ouvrage de leurs mains ». L’idolâtrie n’est pas seulement le fait de se courber devant un objet de bois comme le feraient les païens : se réjouir de son oeuvre plutôt que de ce que Dieu fait à travers nous ou pour nous est une attitude idolâtre porteuse de malédiction et de mort.

Marqué par la pensée existentialiste qui a décrété que le bien n’est pas mais qu’il est à faire, l’homme agit en vue du bien, mais la Parole nous apprend l’inverse. Le bien n’est pas en nous, le bien n’est pas dans notre action, le bien est en Dieu qui l’opère s’il le veut à travers nous. Les oeuvres de Dieu sont faites depuis la fondation du monde, c’est un mystère. Nous sommes appelés à être instruments entre les mains de Dieu pour qu’il réalise par nous ce qui est déjà fait en lui : « tout ce que nous faisons, c’est toi qui l’accomplit pour nous. » Seules ces oeuvres-là glorifient Dieu, les autres sont des oeuvres d’hommes, au service de leur propre gloire, leurs passions, leurs idoles.

L’instrument n’a pas de volonté propre, l’instrument n’a pas de créativité, car c’est Dieu le créateur qui détient ce pouvoir. La créativité, cette volonté d’exister par nos ouvrages, conduit toujours dans l’agitation. C’est le fruit d’une imposture car nous ne pouvons imaginer inventer l’oeuvre de Dieu alors que tout est déjà réalisé. Jésus explique à ses disciples qu’il ne fait rien de lui-même mais uniquement ce qu’il voit faire au Père, il les convie à entrer avec lui dans cette mission. Au lieu de gagner l’honneur par des défis solitaires, nous sommes invités à recevoir la grâce de faire avec lui. Car c’est bien par grâce que nous sommes choisis, par grâce que nous sommes sauvés, encore par grâce qu’il agit à travers nous et nous révèle ses oeuvres. Il n y a là aucun mérite. Ceux qui refusent cette réalité resteront dans l’agitation et ne connaîtront jamais le repos, car le véritable repos est celui de la foi : croire que les oeuvres sont déjà accomplies en Dieu et que nous n’avons rien à inventer. Même l’oeuvre la plus merveilleuse qui soit ne peut lui plaire, si ce n’est pas l’oeuvre du Père qu’il fait par nous.

Nous ne pouvons convaincre les âmes de la vérité, même le Fils de Dieu n’a pas cherché à le faire, il a seulement gardé ceux que Dieu lui a donnés. Je ne suis donc pas en mesure de choisir quel sera mon champ d’action. Si Dieu veut m’utiliser en Bretagne ce sera en Bretagne ou s’il m’envoie vers telle personne alors je lui serai utile. Quels sont donc ceux que le Seigneur me donne ? Pour peu que nous ayons un tempérament timide craignant sans cesse d’importuner, nous sommes un peu comme un oiseau aux ailes coupées ; il est bien difficile de prendre un quelconque envol. Comment témoigner ? Alors nous pouvons dire : « Seigneur montre moi ». De tous les malades autour de la piscine de Béthesda un seul a été guéri, de tous les aveugles aux portes du temple, lequel fallait-il aimer ? Seul le Père le sait.

A nos yeux et aux yeux des autres, cette dépendance va faire de nous des hommes de rien : nous ne pourrons pas un jour dire « voilà ce que ma main a fait ». Satisfaction charnelle de l’action, fierté devant un résultat, volonté de paraître, ou plutôt peur de disparaître, voilà des sentiments profonds qui animent souvent le coeur des hommes. L’inquiétude, l’agitation et la révolte ne tardent pas à suivre. Après s’être appliqués à tout faire au mieux, nous nous révolterons de ne pas voir de résultat à la hauteur des attentes, constamment inquiets, nous jetterons nos forces dans toutes sortes d’entreprises en mettant en jeu nos capacités. L’exhortation de la Parole est donc indispensable pour nous ramener sur le terrain de la foi. Cette Parole va trancher dans les sentiments et les motivations du coeur, afin de nous conduire au vrai repos.

La Parole évoque souvent la question de la circoncision : celle du coeur, des yeux, ou encore des oreilles . Tout notre être doit être circoncis, c’est à dire blessé, touché par l’oeuvre de la Parole en vue d’accomplir la volonté de Dieu exclusivement. Qui peut savoir ce qu’il l’anime ? Je ne peux séparer l’inséparable par moi-même, ce qui est de la chair ou de l’esprit : seule la Parole fait cette distinction. Parfois les mots sont semblables et ne suffisent pas à faire la différence, mais Dieu le sait, la Parole le fait si je la crois et la reçois. Si j’accepte la brûlure de la lame, la blessure de la circoncision, alors je suis affaibli mais guéri et conduit à la paix.

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, je ne vous donne pas comme le monde donne, que votre coeur ne se trouble pas et ne s’alarme pas ». L’oeuvre de Dieu c’est que nous croyons que tout ce qu’il nous demande, c’est lui qui le fera. C’est pourquoi nous pouvons répondre en obéissant.

Il nous est dit de nous purifier, mais comprenons bien, ce n’est pas l’acte de se laver qui fait de nous des gens propres, mais bien l’action de l’eau et du savon qui nous lavent. J’ai la responsabilité de me laver mais sans eau ni savon j’ai beau frotter, le sale ne partira pas. C’est bien le sang de Christ qui me purifie, ce n’est pas moi qui me pardonne, c’est lui. Si j’ai de la haine, je ne peux pardonner que par Lui et en son nom, et c’est dans son sang que je suis lavé. Nous nous appuyons tellement sur notre action : l’action de nous purifier, l’action d’obéir, l’action de nous consacrer… etc., sans nous appuyer sur celui qui le fait ! Ou bien nous sommes dans la grâce et nous vivons de la grâce ou bien nous sommes perdus, subissant le sort réservé à ceux qui demeurent sous la loi. Ceux qui servent le Seigneur par orgueil, guidés par leurs principes, n’auront pas de fruits pour l’éternité : il sont le joug de la loi et donc sous la malédiction. Ceux qui vivent par grâce vivent dans la paix et la bénédiction. Ils deviennent alors source de bénédiction, non pas grâce à leur bon vouloir ou leur bien faire, mais parce que Dieu leur a dit : « sois source de bénédiction ».

Beaucoup d’hommes prétendent aussi faire le bien, et ils le font sans Dieu. Certes, mieux vaut faire le bien que le mal, mais rien de tout cela ne nous sauve. Le bien est en Dieu, et nous faisons le bien par lui. Dès que l’homme a su ce qu’étaient le bien et le mal, il est mort. La connaissance de l’homme le tue mais la connaissance de Dieu le sauve. Ce qui est vital, n’est pas de connaître le bien et le mal, mais de connaître Dieu et bien plus que de faire le bien, c’est de faire ce Dieu me demande. Ce discernement n’est pas de l’homme, il provient de la dépendance et de la soumission à Dieu, autrement dit, l’école inverse de l’humanisme.

La recherche humaniste engendre une grande fatigue physique, intérieure et psychique. C’est l’état d’un coeur incrédule, déçu et sans espoir, un coeur sans grâce, consumé par le désir impérieux de faire. Mais l’apôtre Paul pouvait dire : « quand tout mon être extérieur se détruit, mon être intérieur se renouvelle de jours en jours ». Voilà l’oeuvre de Dieu par le Saint-Esprit. Fatigués à tous égards peut-être, mais toujours renouvelés, n’y arrivant plus mais poursuivant encore, c’est le mystère de la grâce et de l’action de l’Esprit. Oui, nous comprenons alors que la paix de Christ est une paix qui surpasse l’intelligence et la connaissance. C’est une oeuvre qui nous dépasse, mais que le Seigneur veut faire dans le coeur de celui qui renonce à exister par ses oeuvres pour entrer dans Son repos.

« Si quelqu’un veut sauver sa vie il la perdra, mais si quelqu’un perd sa vie à cause de moi, il la retrouvera. »

Fraternellement,
Daniel et Jérémie

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