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Une mission chrétienne au sein du peuple de Dieu

Publié le mercredi 10 septembre 2008

Plusieurs personnes nous ont interrogés ces derniers temps sur l'évolution récente de nos relations avec le monde protestant. En apprenant certains événements, des anciennes connaissances ayant connu la mission à ses débuts ont manifesté leur surprise, d'autres leur inquiétude au regard des positions initiales affirmées à ce sujet. En effet comment sommes-nous passés d'une situation de quasi-autarcie à celle d'aujourd'hui où les contacts avec le monde protestant évangélique se multiplient ? Il nous a semblé que le sujet mérite un article écrit visant à expliquer les raisons d'un tel cheminement et fonder notre conviction actuelle sur la Parole.

La vie et la raison d'être d'un membre découlent étroitement de sa relation avec le corps auquel il est attaché. Selon l'apôtre Paul, ce principe s'applique à tout croyant, église locale ou mission ; tous sont appelés à prendre leur place au sein du corps du Christ, ainsi s'édifie l'Eglise. Cette préoccupation nous a toujours accompagnés, puis de récentes sollicitations nous ont conduits à réfléchir plus précisément sur la notion du peuple de Dieu et la place de la mission Timothée en son sein.

Comme beaucoup de mouvements religieux, nous sommes nés de dissidences. Plutôt que de s'attarder sur les circonstances historiques, il convient de nous poser la question : sur quelle base une division peut elle être légitime[1] ? Celui qui divise et disperse, c’est le diable, affirme l’Ecriture[2]. Hautain et méchant, l'esprit sectaire conduit au jugement. La théologie que certains appelleraient « séparatiste » n'est pas un principe biblique que l’on peut utiliser pour justifier un quelconque esprit de parti ou dénigrement systématique des autres, fruit d’une attitude rigide et légaliste. Si l’Eglise est bien appelée à vivre « hors de » l’esprit du monde, la Parole invite cependant les croyants à l’unité dans l’amour et la vérité, afin d’être des instruments de réconciliation et de paix.

Lorsque nos actions et nos prises de position nous conduisent à l’inverse, il est évident qu’un examen de conscience s’impose devant Dieu, afin d’éprouver nos cœurs et de connaître l’esprit qui nous anime. Si nos prises de position sont suivies de bénédictions ou de prospérité, nous y trouvons facilement une consolation et une justification, mais est-ce une preuve suffisante du bien-fondé de nos positions ? Ne sommes-nous pas seulement au bénéfice de la patience du Seigneur ? Au fil du temps, ces questions incontournables ont nourri nos réflexions. Restées longtemps sans réponse, l'horizon semblait bouché : était-ce un temps de préparation voulu par Dieu ? Sans doute, n’étions-nous pas prêts à accepter les bouleversements que créeraient les réponses ? Un travail d’humiliation et d’affermissement était peut-être nécessaire : nous devions certainement être, en quelque sorte, « conduits au désert »[3] pour que le Seigneur « parle à nos cœurs ».

Les expériences ne signifient rien par elles-mêmes, elles ne peuvent que venir confirmer la Parole de Dieu. Aucune orientation spirituelle ou confession de foi ne devraient reposer sur des expériences, des sentiments, des raisonnements ou des désirs humains : seule l'Ecriture demeure le fondement sûr !

La notion biblique de l’Eglise locale, par exemple, cadre exclusif d’expériences pour beaucoup, invite à la réflexion. Plusieurs d’entre elles sont mentionnées par leur nom dans l’Ecriture mais, est-ce suffisant pour en déduire le concept que certains semblent vouloir défendre ? En insistant lourdement sur l’autonomie de l’Eglise locale, on en vient à la séparer du tronc commun, le Corps du Christ ; cela sous-entend qu’un membre pourrait vivre par lui-même ! Or, un membre de Christ ne vit qu’en étant solidement attaché à Son Corps. Une Eglise locale réunit rarement la totalité des ministères indispensables à son développement. Il est donc bien normal de recourir aux ministères qui ne se trouvent pas à proprement parler dans notre localité. C’est pourquoi Paul mentionne les ministères itinérants d’apôtres et d’évangélistes, et que lui-même continue à exercer une autorité et à prodiguer enseignements et conseils aux communautés qu’il a fondées.

D’autre part, tout ce qui constitue une cellule et fonctionne comme telle, comporte le danger d’enfermement. Le principe se vérifie dans la notion de « cellule familiale » lorsque la famille entière est maintenue dans une sorte de cocon surprotégé et unique référence. Il en est de même pour la cellule d’un groupe de prière ou d’une mission qui tourne sur elle-même. A l’évidence, si un membre n’est pas tout le Corps, une seule Eglise ne l’est pas non plus, de même qu’une mission, fût-elle grande ou prospère !

Les questions suivantes se sont alors imposées à notre réflexion : « Qu’est-ce donc que le peuple de Dieu ? Comment nous définir par rapport à lui ? ». En nous complaisant dans notre microcosme ecclésial, ne témoignons-nous pas que « nous n’avons pas besoin du corps » ? L’apôtre Paul démontre bien, dans son épître aux Corinthiens, qu’un tel raisonnement est un péché[4]. En nous excluant du corps, en jugeant ou méprisant l’Eglise, nous péchons contre le Corps de Christ, son épouse et... nous offensons le Seigneur lui-même ! La conscience des souffrances de l’Eglise, ses faiblesses, ses maladies et même ses péchés, n’est pas une excuse pour nous en détacher et nous soustraire à notre responsabilité. Il convient donc de dénoncer ses égarements dans la repentance et la foi, par solidarité avec elle.

Nous avons parfois éprouvé un profond malaise lors de grands « rassemblements chrétiens » au sein desquels la crainte de Dieu n’était pas perceptible et les fruits de l’Esprit tels que la Parole les décrit peu manifestés. La confusion, les péchés tolérés et la légèreté ambiante qui y régnaient, nous troublaient. Ces foules rassemblaient-elles des frères ? Et si leur comportement semait le doute, où se trouvaient donc nos frères et qu’étions-nous alors ? Une tension douloureuse s’installait dans nos cœurs, tiraillés entre, d'une part la crainte de l'exclusivisme orgueilleux et de son jugement et d'autre part, la peur du compromis : comment ne pas trahir nos convictions, comment rester fidèles à ce que nous avions cru recevoir du Seigneur, sans nous recroqueviller en ghetto ?

Il est souvent difficile de vivre au sein d’une église marginale, composée principalement de personnes recueillies le long des haies et des chemins, comme le décrit la parabole du festin des noces. Qui, en effet, veut bien y entrer sinon ceux qui sont perdus : les boiteux, les infirmes et les malades ? C'est de cette manière qu'une mission comme la nôtre a grandi. Peu à peu les uns et les autres ont été rassemblés, le témoignage s’est répandu, des Eglises se sont constituées, mais une interrogation demeurait : qui sont nos pères, comment transmettre la vision du peuple de Dieu aux jeunes convertis qui ne connaissaient de l'Eglise que le témoignage de leur famille d'accueil ? Il y avait là une véritable question d'identité : tel a été le questionnement de notre mission.

La psychologie et l'expérience humaine nous apprennent qu'il est bien douloureux de vivre sans connaître ses origines. Les orphelins et les étrangers, souffrant de ne pas avoir de racines, sont profondément troublés et éprouvent un immense sentiment de solitude. De même, les croyants ou les Eglises, privés d'appartenance ou de référence, peuvent rencontrer ce problème d'identité. Nous ne pouvions pas abandonner à cette incertitude ceux qui nous suivent et qui s'ajoutent à l'Eglise, sans leur fournir d'explication : il était devenu urgent, pour nous, de leur faire connaître leur ascendance et appartenance spirituelles.

Les prophètes de l'Ancien Testament s'adressent constamment au peuple de Dieu. Qui est-il ? Il est théologiquement correct, selon notre compréhension, de considérer l’Eglise comme faisant partie du peuple de Dieu, puisqu’Israël a été mis à l’écart pour un temps, afin que les païens participent « à la racine et à la sève de l’olivier »[5]. Ainsi, le peuple de Dieu est constitué de tous ceux qui, païens et juifs, confessent leur foi en Dieu et en Jésus-Christ, le seul médiateur. S’il est vrai que nous sommes devenus la postérité d'Abraham, par la foi, notre appartenance ne prouve pas, à elle seule, que nous sommes dans la bonne voie ou que nous sommes irréprochables. Elle ne constitue pas une garantie de salut, puisque le prophète Osée déclare que, « quand bien même les fils d'Abraham seraient comme le sable de la mer et les étoiles du ciel, un reste seulement sera sauvé »[6]. Les prophètes ont constamment dénoncé le péché du peuple de Dieu en veillant scrupuleusement sur lui, afin qu’il ne se compromette pas. Souvent, leur fidélité leur a coûté cher mais, tout en souffrant de la part de leurs frères, ils se sont toujours efforcés de rechercher leur bonheur.

Il est instructif d’observer que les disciples n’ont jamais cessé de se rendre au temple, même après la violence dont avaient fait preuve les juifs envers leur Seigneur, jusqu’à le crucifier. Ils fréquentèrent les synagogues qui abritaient ceux qui les avaient pourtant persécutés et continuaient à pratiquer leur culte hébraïque ! Les apôtres aimaient leurs frères juifs et, en leur rendant témoignage, les servaient en dépit de tout cela. Le séparatisme hautain qui anime souvent les dissidents, intégristes et même parfois fondamentalistes, est un des péchés les plus graves selon la Parole de Dieu. Il est inspiré par un esprit méchant qui conduit au mépris. Certes, il est facile de juger les péchés des autres avec hauteur et de se séparer d’eux pour se protéger ou refuser de souffrir de leur part, mais n’y a-t-il pas là un refus d'aimer et de servir le peuple de Dieu ? Voilà le danger qui menaçait notre mission durant ces années après avoir connu des exclusions douloureuses ! Mais la lecture et la méditation de la Parole de Dieu, ainsi que les rappels de plusieurs de nos frères au sujet de notre devoir envers le peuple de Dieu, nous ont profondément bouleversés.

Le peuple de Dieu rassemble bien tous ceux qui confessent leur foi en Dieu et en son Fils Jésus Christ. Il y a donc un tronc commun d'où sont issus tous les croyants. Aucun groupement chrétien ne peut se réclamer d’avoir inventé la foi et se prévaloir d’être seul fidèle : d'autres ont cru et aimé bien avant eux ! Sans doute, l'institution a-t-elle fait souffrir les membres du peuple de Dieu mais, en dépit de tous ses égarements, il n’y a qu’un seul peuple, duquel nous ne pouvons nous distancer orgueilleusement. Dans son livre, « La force de conviction », Jean Claude Guillebaud explique que tout mouvement, dissident ou en marge de l'institution, agit pourtant constamment en référence à elle. Il ajoute même que l'institution, tant redoutée et critiquée, permet à ce mouvement « d'assurer la sauvegarde et la transmission dans la durée ». Par contre, l'histoire rapporte que « la transmission du message évangélique a été assurée dans les marges de l'institution ecclésiastique, voire contre elle »[7]. Ainsi, il y a constamment eu relation et complémentarité entre institution et dissidence. De même que les païens convertis devaient considérer qu'ils étaient greffés sur l’olivier franc d’Israël, nul ne peut, sous prétexte d'être plus authentique ou plus fidèle, ignorer les racines du peuple de Dieu dont il est issu. C'est pourquoi, l’apôtre Paul rappelait aux chrétiens de Rome : « ne te glorifie pas aux dépens des branches. Si tu te glorifies, (sache que) ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c'est la racine qui te porte... Ne t'abandonne pas à l'orgueil, mais crains »[8].

En oubliant cette réalité, certains se sont glorifiés de la bénédiction divine. Or celle-ci peut devenir un piège et entraîner l'homme dans la suffisance et l'égoïsme. Pour ne pas avoir veillé, beaucoup de communautés chrétiennes, pourtant florissantes à leurs débuts, ont sombré dans cette perversion. L'être humain est constamment tenté de récupérer pour lui-même ce que Dieu donne. Il oublie facilement que les fruits sont accordés pour se consacrer, glorifier Dieu et servir ses frères. Ainsi de nombreux mouvements, en voulant jouir égoïstement de leur bénédiction, se sont coupés du reste du Corps. En refusant de voir un autre but qu'eux-mêmes, ils ont « enfermé la vie » en quelque sorte. Un tel comportement ne revient-il pas à vouloir confiner le vent (le souffle divin) dans une bouteille ? ! Or la vie de l'Esprit ne peut être emmurée, elle est dynamique ; elle suit un vecteur orienté vers le trône divin. On ne peut l'accaparer à des fins personnelles, Dieu veut au contraire se manifester au sein de son peuple et pour sa Gloire.

S’il arrive que Dieu punisse son peuple, au point de le faire quasiment disparaître, il a toujours éprouvé de la compassion envers lui. A coup sûr, il se tourne contre ceux qui, d'une manière ou d'une autre, pèchent contre son peuple en le blessant par le mépris et la raillerie, augmentant la souffrance de la correction.[9] Car il vient toujours un temps où, après l'avoir jugé pour ses fautes, le Seigneur agit pour le sauver.

Le Seigneur nous invite à avoir une attitude d'amour et de respect vis-à-vis de ce peuple. Il nous demande d’être fidèles à sa Parole et nous en confie le dépôt. Peuple appelé à la sainteté, il nous ordonne d’aimer les autres constamment, tout en nous séparant des idoles, de tout compromis, de toute apostasie, quitte à souffrir à cause de la vérité. L'exemple de la compassion de Dieu envers son peuple nous aide à comprendre combien nous avons été aimés. Ce mot « compassion » ne signifie-t-il pas « souffrir avec » ? Et c'est bien de cette manière que nous devons servir le peuple de Dieu !

Selon sa volonté souveraine, le Seigneur exige qu'au travers de la souffrance, de la fidélité et de l'amour, chacun de nous soit pour les siens une source de bénédiction. Acceptons donc d’en payer le prix : aimons toujours, quoi qu'il nous en coûte... jusqu'au bout ! Nous deviendrons ainsi une semence de Vie à la suite de Celui qui a sacrifié la sienne : le Seigneur Jésus-Christ, notre Sauveur et Maître, notre seul modèle :

« Tel il est lui, tels nous sommes aussi dans ce monde. »[10]

Puisant notre force en Lui, nous voulons nous engager dans cette obéissance, individuellement et en tant que Mission, avec zèle et conviction.

Daniel ISSARTE, en 2008

Notes

[1]« Si quelque schisme se produit, il faut considérer prudemment à qui on doit en imputer la faute » (commentaire de Calvin de Actes 14 : 4).

[2] Jean 10 : 12.

[3] Osée 2 : 14.

[4]« Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, –– il n’en est pas moins du corps pour autant... L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous » (1 Corinthiens 12 : 15ss).

[5] Romains 11 : 17.

[6] Osée 1 : 10.

[7] J.C. Guillebeau,La force de conviction, Seuil, 2005, p. 382.

[8] Romains 11 : 18.

[9]« Que leur enclos soit désolé, qu'il n'y ait plus d'habitant dans leurs tentes ! Car ils poursuivent ceux que toi–même as frappés, ils racontent la souffrance de ceux que tu as transpercés. Ajoute (cette) faute à leurs fautes, et qu'ils n'aient pas accès à ta justice ! Qu'ils soient effacés du livre de vie, et qu'ils ne soient pas inscrits avec les justes ! » (Psaume 69 : 25).

[10] 1 Jean 4 : 17.

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