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L’œuvre de Dieu ou le fruit de la révélation

Publié le vendredi 02 janvier 2009

Paul n’avait pas les moyens pour affermir les frères, sinon passer chez eux une ou deux fois pour les plus privilégiés. Son soutien se faisait surtout par la prière de la foi en suppliant Dieu qu’il se révèle davantage à eux. (Colossiens 1 v. 9)

Beaucoup de jeunes veulent bien suivre, mais peu connaissent vraiment le Seigneur personnellement. Ils sont gagnés, aiment l’œuvre de Dieu, mais connaissent bien peu la marche de la foi. Une épreuve, et les voilà démunis, une tentation et toute fermeté semble s’être évaporée. Cette pauvreté spirituelle éveille certaines questions quant à la transmission. Il y a de toute évidence un manque dans ce que nous pouvons communiquer en matière de foi. Lorsque nous lisons les propos de Paul, nous réalisons que cette prière suppliante adressée constamment au Seigneur doit certainement nous faire défaut : « nous ne cessons de prier Dieu pour vous et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle ».

L’œuvre de Dieu : une question de révélation

Toute l’œuvre dans ces Eglises n’était pas uniquement liée au ministère de Paul. Paul les enseignait, les exhortait mais il les rendait libres en les recommandant à Dieu dans ses prières. La vraie liberté est la connaissance du Seigneur. En lui est la plénitude, Lui seul délivre, console et instruit le cœur. Ainsi Paul priait pour que ces chrétiens qu’il ne pouvait visiter connaissent toute la plénitude du Seigneur. Le rôle des anciens est de libérer les frères plutôt que de vouloir les rendre dépendants. Les détourner des gloires humaines et de l’attraction du « ministère » pour leur montrer le vrai maître, tel Jean-Baptiste qui a accepté de n’être qu’une voix. Le Berger, c’est le Seigneur, l’omniprésence des responsables n’est donc pas une nécessité absolue, leur vocation étant de conduire au souverain Berger, transmettre la Parole tout en s’y abreuvant eux-mêmes.

Il existe bien une dépendance vis-à-vis des ministères que Dieu a donnés à son Eglise, mais chacun est responsable pour chercher le Seigneur, prier, le supplier pour qu’il se révèle.

Se départir de cette recherche nous conduira sûrement à l’écart du plan de Dieu pour nous. Si nous ne faisons pas l’œuvre de Dieu, il la fera sans nous car elle dépend avant tout de lui. Lorsque nous servons, c’est de manière active et zélée mais déchargés de cette pression exigeante qui nous ferait croire qu’il faut être parfait pour que l’œuvre de Dieu se fasse. Nous ne le serons évidemment jamais. Nous ne pouvons dire « ça ne marche pas car je n’étais pas suffisamment présent, pas assez actif » … La chair peut tout faire et s’investir toujours plus, mais cette volonté de toute-puissance ne produit qu’agitation et elle ne sert pas nécessairement l’œuvre de Dieu. Le seul repos est l’acceptation de la croix, la mort à soi-même, c’est une blessure dans notre volonté propre même lorsqu’elle est légitime ou bien intentionnée. Ce n’est pas tant la nature de nos actions qui fait l’œuvre de Dieu mais le fait d’être dans sa volonté, fameuse différence entre faire et se laisser utiliser…

Prenant conscience de cette réalité, impossible de se livrer à l’habitude d’un service routinier. Toutes nos actions sont guidées par la préoccupation intérieure d’être en communion avec le Père, en phase avec sa volonté, le suppliant de nous accorder la grâce de mieux le connaître pour le faire connaître mieux.

Le chemin de la révélation

Les cures de piété, les élans mystiques ou encore l’étude assidue des Ecritures n’aboutissent pas forcément à davantage de révélation.

Demander la révélation pour soi et les autres est la supplication quasi quotidienne de l’apôtre Paul. Si nous voulons que la gloire de Dieu se manifeste dans l’Eglise, il s’agit bien de devenir les pasteurs les uns des autres en accomplissant le ministère que Dieu nous demande : supplier que Christ se fasse connaître par la révélation qu’il donne à son Eglise pour qu’à son tour elle le glorifie.

L’esprit de révélation se répand lorsque le cœur répond à la Parole et se tourne vers le Seigneur. Cette action nécessite au préalable que nous nous détournions volontairement de nous-mêmes et de nos désirs -même pieux- pour chercher le Seigneur de tout notre cœur. Renoncer à se servir de Jésus pour combler nos désirs, ne pas chercher dans l’homme ce qu’il n’y a qu’en Christ, avoir soif de lui et non d’autre chose.

Incapables de le vouloir suffisamment, nous nous laissons conduire par la Parole, source de lumière et de vie. Si nous la recevons dans la foi, Dieu se révélera à nous car il promet ceci : celui qui cherche trouve. Si c’est véritablement lui l’objet de notre recherche, Il se révélera car il en va de sa gloire. Le Père sera glorifié en ceci : que nous le connaissions et portions du fruit car, soyons-en sûrs, le fruit découle de la connaissance du Seigneur ; tandis que celui qui cherche le fruit en priorité ne connaîtra pas le Seigneur. Il parviendra à glaner péniblement quelques fruits tombés à terre, mais il n’aura pas le temps de les consommer avant qu’ils ne soient complètement corrompus.

Entrevoir la gloire de Dieu

Quelle réalité extraordinaire que d’être ministre du roi de gloire ! « Que le roi de gloire fasse son entrée, c’est lui ce roi de gloire ! ». Lorsque la Parole nous révèle le Fils et que nos cœurs se tournent vers le Seigneur, alors le voile est enlevé. A cet instant béni, la barre de l’incrédulité, verrou de nos cœurs, se lève pour laisser entrer le roi de gloire. La tristesse de l’échec et du découragement ne paraissent plus car la présence éclatante du roi les relègue dans l’ombre. La pauvreté de l’Eglise, ce qui fait notre souffrance, n’est plus obstacle et comme par une porte entrebâillée, nous commençons à entrevoir la lumière. Cette révélation change notre regard qui, tout en considérant la misère du vase de terre, devient aussi capable de discerner l’œuvre de Dieu dans l’Eglise. Dieu pourrait souvent s’adresser ainsi à nous : « tu ne vois pas, je suis avec toi, regarde ce que je suis et crois ». Saisis de nouveau par cette foi, nous glorifions son nom et accomplissons de nouveau notre vocation : célébrer la gloire de sa grâce.

Paul, saisi par la grandeur de ce ministère, n’oubliait pas la réalité affligeante de l’Eglise de Corinthe (il s’y passait des choses que l’on n’entendait même pas chez les païens). A force de regarder au monde et à soi-même, les consciences religieuses s’obscurcissent au point de ne plus être alertées. Les croyants s’égarent même dans leurs mœurs car leurs ténèbres sont devenues encore plus épaisses que les ténèbres des païens.

La fausse lumière du siècle des lumières et de l’intelligence brillante des hommes a jeté un voile sur la réalité de Dieu. La qualité de leur raisonnement et leur sagesse ne les a pas rendus meilleurs pour autant, plusieurs penseurs n’hésitent pas à faire remarquer qu’elle a même abouti à pire.

Devenant le reflet de ce que l’on contemple, nous risquons fort de ne ressembler qu’à nous-mêmes à force de nous regarder, et au monde à force de vouloir l’amadouer. Figés par notre narcissisme, nous restons ainsi fidèles à nos illusions, nos péchés et n’en finissons pas d’être mondains. Le voile demeure, la révélation des choses spirituelles reste une aspiration comme fatalement inassouvie. L’écho des paroles du livre ne résonne plus au cœur, leurs exhortations sont irréelles, la vie de l’esprit s’éteint à la mesure de notre égocentrisme.

Mais lorsque nous nous détournons de nos raisonnements pour chercher le Seigneur, les mêmes principes agissent également : celui qui contemple le Seigneur et le cherche sera transformé à son image. En grec, contempler et refléter signifie la même chose. En cherchant le Seigneur et nous tournant vers lui, nous le voyons par un miroir qui projette à son tour son image sur nous, et nous voilà, en dépit de notre condition d’homme pêcheur, reflets de sa personne ! Ce que nous sommes dans notre nature n’a plus d’importance, ce qui est quelque chose est d’être né de l’esprit pour pouvoir vivre de Lui et marcher en nouveauté de vie.

Malgré nos faiblesses et nos chagrins, nous pourrons comprendre la gloire du Fils, elle deviendra aussi tangible pour nous que pour ceux qui la cherchent sincèrement. Par notre intermédiaire, ils en percevront quelques rayons, des balises sur leur chemin. Ainsi nous le connaîtrons tous individuellement si nous acceptons sans cesse, et devant chaque nouvelle épreuve, de donner notre cœur de nous tourner vers Lui. Illuminés par sa connaissance, nous accomplirons avec joie notre vocation extraordinaire : être serviteurs de la gloire du grand roi. Le bonheur du serviteur est de servir à la gloire de son maître, joie que nul ne nous ravira.

Que les barrières et les jougs qui pèsent sur nos âmes tombent ; que l’enveloppe, l’écorce qui étouffe les « racines » de nos cœurs soit ôtée. Christ les fait tomber, c’est un miracle ; il est mort sur la croix pour cela. Nous sommes crucifiés et le monde est crucifié pour nous, il l’a fait ; la séparation est opérée afin que nous soyons vainqueurs en Lui. Nous voulons qu’il règne et que son nom soit glorifié dans l’Eglise : détournons-nous de nous-mêmes pour nous donner à Lui et glorifions son nom.

« Père, glorifie ton fils afin qu’il te glorifie » ; qu’il soit glorifié en nous et nous en lui.

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